Le temps des Fêtes, c’est drôle. Toute l’année, on trouve des excuses pour ne pas voir le monde, mais quand décembre arrive, on dirait que tout le monde se met à jouer dans un film où la vie est parfaite. Les rues se remplissent de lumières, les pubs montrent des familles qui rient trop fort, les couples se collent dans les marchés de Noël… et toi, t’es là, à marcher dans tout ça en te demandant ce que t’es censé ressentir.
On dirait que cette période là te met un miroir dans la face. Pas un beau miroir flatteur comme dans les magasins, non. Un miroir fluorescent de dépanneur, qui te montre exactement ce que t’essaies de ne pas voir le reste de l’année : t’es seul. Vraiment seul.
Les soirées qui étirent
Quand t’es célibataire et que t’as pas de famille à toi, décembre devient un mois plus lourd que les autres. Les soirées sont longues. Tu regardes l’heure et t’as l’impression qu’il reste toujours quelque chose comme dix heures avant que la journée finisse. Même si tu te couches tôt, même si tu te dis que c’est “juste un soir”, la solitude, elle, elle se couche jamais. Elle reste assise dans le salon avec toi, les bras croisés, comme pour te rappeler que t’as personne à qui souhaiter bonne nuit. Personne qui te dit : “On se voit demain.”
On aime dire que la solitude fait du bien. Que ça aide à se connaître. C’est vrai… quand c’est un choix. Mais quand c’est tout ce qu’il te reste, ça cogne différemment. Ça sonne creux.
La famille où tu te sens de trop
Le pire, c’est peut-être les réunions de famille. Tout le monde arrive avec ses enfants, ses projets, sa vie bien remplie. Toi, t’arrives avec une bouteille de vin, un sourire qui force un peu, et un “ça va” qui veut rien dire. Tu te places dans un coin, tu fais des jokes, tu ris quand il faut rire… mais tu te sens pas là. Pas vraiment.
Tu deviens l’oncle, le cousin, le frère qui “va bien”. Celui qui a toujours l’air correct, même quand en dedans c’est la tempête. Et ce qui fait le plus mal, c’est quand quelqu’un te lance un : “Toi aussi, ça va venir. Faut juste être patient.” Comme si t’attendais un colis Amazon qui a perdu sa trace. Comme si ta vie manquait juste d’un délai de livraison.
La vérité, c’est que tu finis par éviter certaines rencontres parce que t’es tanné d’être la seule personne de la pièce qui rentre chez elle seule après. Tanné de sortir dans le froid avec ton manteau zipper jusqu’au menton et sentir que personne ne t’attend nulle part.
Les réseaux sociaux, l’autre couteau
Instagram, Facebook, TikTok… décembre devient un concours de photos parfaites. Sapins décorés, familles assorties, couples en pyjama de Noël. Même les gens qui ne se parlent pas le reste de l’année se collent un sourire forcé juste pour poster quelque chose.
Puis toi, tu scrolles. Tu regardes des vies qui semblent tellement complètes, tellement “comme il faut”, et tu te demandes à quel moment t’as décroché du scénario que tout le monde semble suivre. À quel moment t’as manqué une sortie d’autoroute que tout le monde a prise sauf toi.
T’es pas jaloux. Pas vraiment. C’est plus subtil que ça. C’est comme une petite pression dans la poitrine. Une voix qui dit : “T’as raté quelque chose. Tu sais même pas quoi, mais tu l’as raté.”
Le 24, le 25… et le 31
Le 24 et le 25, c’est déjà lourd. Mais le 31… ça, c’est une autre affaire. Le monde fête la fin d’une année et le début d’une nouvelle, avec des résolutions qu’ils tiendront pas et des promesses qu’ils ont déjà oubliées. Toi, t’es juste en train d’essayer de passer minuit sans sentir que t’es le dernier survivant d’un film apocalyptique.
Il m’est déjà arrivé de rester éveillé juste pour dire que j’avais pas passé minuit seul. Comme si ça changeait quoi que ce soit. Comme si regarder un décompte sur YouTube pouvait remplacer une présence humaine.
Mais la vérité, c’est que le 31 te rappelle simplement que t’entres dans une nouvelle année exactement comme t’as fini la précédente : seul dans ton salon, avec le bruit des voisins qui fêtent à travers les murs.
Vieillir sans sa propre famille
Je pense que ce qui fait le plus mal, c’est pas la solitude du moment. C’est ce qu’elle représente. Vieillir sans enfants, sans conjoint(e), sans ce petit noyau qui te donne une place automatique dans le monde des autres. Quand t’as personne à toi, les fêtes deviennent un rappel brutal : tu ne fais partie de l’histoire de personne.
Y’a un moment où tu te rends compte que t’as plus de chances de fêter un Noël seul que d’en fêter un avec une famille que tu pourras appeler la tienne. Ça te rentre dedans. Pas comme un coup de poing. Plus comme un poids qui s’installe lentement et qui ne repart pas.
Le silence qui suit les Fêtes
Le 26 décembre est un drôle de jour. Le bruit tombe d’un coup. Plus de musique, plus de courses, plus de monde dans les centres d’achats. Juste toi et un calme qui te rappelle que t’as tenu le coup encore une fois.
On dit que les Fêtes, ça rapproche les gens. Moi, je trouve que ça sépare. Ça trace une ligne entre ceux qui ont un monde à eux… et ceux qui circulent dans celui des autres.
Ce que j’ai fini par comprendre
Avec le temps, j’ai réalisé quelque chose : la solitude, elle fait pas juste mal. Elle forme. Elle durcit certains morceaux, elle en assouplit d’autres. Elle t’apprend à te tenir debout même quand personne t’accompagne.
Mais surtout, elle te force à regarder ta vie en face. Sans décorations, sans cadeaux, sans faux rires. Juste toi. Et parfois, c’est la partie la plus difficile. Parce que quand t’enlèves tout ce qui brille, ce qui reste, c’est la vérité.
Et la vérité, c’est que les Fêtes m’ont souvent fait sentir comme l’homme de trop. Celui qui passe entre les craques, qui rentre chez lui sans qu’on remarque qu’il est parti. Celui qui traverse décembre comme un fantôme avec un manteau d’hiver.
Mais… si je l’écris aujourd’hui, c’est peut-être parce que je commence à voir quelque chose que je n’avais jamais vu avant : même si t’es seul, t’as encore le droit d’exister pendant les Fêtes. Pas comme un figurant dans la vie des autres, mais comme quelqu’un qui mérite un peu de douceur, même s’il doit se la donner lui-même.
Le temps des Fêtes ne sera jamais facile pour un gars comme moi. Mais je pense que j’apprends, tranquillement, à arrêter de me voir comme le trou dans le décor. Peut-être que c’est ça, le vrai cadeau : comprendre que même si t’es seul… t’es encore là. Et parfois, c’est déjà beaucoup.
— Un homme ordinaire